top of page
n° 38.jpg
26 01 Dijon 010.jpg

On aimerait tellement ne plus vous parler de Trump !

Provenant de Trump, tellement les attaques sont légion qu'on ne sait par quel bout commencer !

Le soutien sans réserve apporté à Netanyahou dans son impitoyable génocide des Palestiniens, la chimère de la "riviera" à Gaza, la scandaleuse humiliation en direct de Zelensky, la guerre commerciale avec le reste du monde suivie d'une (provisoire ?) reculade, la volonté d'annexer le Groenland, les renversements d'alliances, les licenciements massifs d'employés fédéraux, les attaques contre les universités et la recherche (particulièrement en sciences humaines), le retrait de l'accord de Paris sur le climat, l'annulation des contrôles de pollution, le refus de travailler avec l'O.M.S., les expulsions et déportations massives de migrants, la tentative de suppression du droit du sol, les attaques contre les libertés individuelles liées au genre, la nouvelle et chauvine nomenclature géographique, les tentatives de réécriture de l'histoire, les responsabilités confiées aux milliardaires mêlant intérêts privés et publics... La liste n’est pas exhaustive ; il y a de quoi se perdre, tomber dans un abîme de négationnisme multiforme, étouffant, aveuglant, mortifère !

​

Si vous êtes gagné·e, à la lecture du paragraphe précédent, par un sentiment de "déjà vu", c'est que vous êtes un·e lect·eur·ice fidèle et attenti·f·ve : c'est ainsi que commençait un de nos articles en avril 2025, il y a dix mois (dans notre numéro 34). On nous a alors soupçonnés de sévérité excessive... mais avions-nous tort ? Le moins qu'on puisse dire est que le président américain, souvent présenté comme fantasque, a de la suite dans les idées... Hélas, il faut encore revenir sur le sujet, sa politique agressive, inconséquente et mortifère ayant franchi de nouveaux pas, menaçant plus que jamais la démocratie américaine et la paix mondiale. Cet article est bien long... mais le sujet est, hélas, inépuisable !

​

La politique intérieure trumpienne, mal connue en Europe mais théâtralisée par la diffusion sur toute la planète de l'apposition (devant les caméras) d'une signature boursouflée au bas de ses décrets, a confirmé les abus de pouvoir du président : gel des embauches dans l'administration fédérale et licenciements massifs pour raisons politiques — de fonctionnaires ; recrutement de collaborateurs aussi incompétents que serviles ; nomination de lobbyistes du pétrole, du gaz et de la chimie à l'Agence de Protection de l'Environnement pour annuler les réglementations climatiques et les contrôles de pollution... Trump a accablé les personnes transgenres de mesures discriminatoires. Sa brouille avec Elon Musk, écarté du "Département de l'Efficacité gouvernementale", n'a pas empêché l'homme le plus riche du monde de prospérer plus que jamais sous son mandat.

​

Les Américains "ordinaires" sont-ils aussi prospères ?  Le "One Big Beautiful Bill Act" (       ) prévoit la réduction de multiples dépenses sociales, comme le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) et le Medicaid (assurance sociale, désormais soumise à conditions, par exemple à l'obligation de travailler), ce qui privera de ces droits 6 à 8 millions d'Américain·e·s. Trump a mis fin aux projets "diversité, équité et inclusion" du gouvernement fédéral et à l'obligation de non-discrimination aux entreprises sous contrat. Il a décidé une augmentation de 150 milliards de dollars des dépenses militaires et une baisse des impôts pour les plus riches, qui devraient accroître la dette fédérale de 3 400 milliards de dollars sur dix ans. Il a ordonné la fin des projets "DEI" (diversité, équité, inclusion) et licencié les employés chargés de cette mission. Il a abrogé un décret qui prohibait la discrimination au sein des entreprises sous contrat fédéral.

 

Les exactions commises fin janvier par des agents fédéraux à Minneapolis (meurtres injustifiables commis par l'ICE, toute-puissante police — masquée — de l'immigration et des douanes, de deux citoyen·ne·s "ordinaires", Renee Good puis Alex Pretti) ont failli, fin janvier, mettre le feu au pays. Doit-on en être surpris, sachant que, dans un discours électoral du 9 septembre 2024, Trump souhaitait ni plus ni moins qu'autoriser une journée de violences policières ? : il affirmait : « une bonne journée de violence, de la vraie violence, bien comme il faut » pourrait permettre de mettre fin à la criminalité « immédiatement » ? Des habitants jusqu'alors sans histoire se sont organisés contre les exactions de l'ICE et ont dénoncé les provocations criminelles de cette milice présidentielle. Après avoir encouragé sa ministre de la Sécurité intérieure à mentir sur ces événements, Trump a dû reculer et s'engager à mener une enquête "honorable et honnête" sur les faits. Tiendra-t-il parole ?

 

Il y a quelques jours, lors du "mois des personnes de couleur", le compte Truth Social du président a publié une incroyable vidéo raciste représentant Barack et Michelle Obama en singes (sensée critiquer une prétendue fraude électorale) . Face à une levée de boucliers — y compris dans son propre camp —, il a fini par la condamner, niant contre toute évidence son implication (il a "chargé" un membre de son équipe et affirmé qu'il ne l'avait pas visonnée jusqu'au bout) et sans présenter la moindre excuse.

 

Il tente de mettre au pas, avec les multimilliardaires qui le soutiennent, la liberté de la presse : la dernière victime, le prestigieux Washington Post (qui s'était illustré en 1974 lors du scandale du Watergate), a subi une hémorragie d’abonnés lorsque son patron Jeff Bezos (dont les entreprises ont d’importants contrats avec l’Etat fédéral, du stockage de données à l’espace) a empêché la Rédaction de soutenir Kamala Harris, puis célébré la victoire de Trump et financé le documentaire Melania dédié à la Première Dame.

​

En matière d'immigration, le président a repris les travaux du "mur" avec le Mexique, imposé une application mobile très restrictive à l'entrée de nouveaux migrants, et mis fin à un programme autorisant une immigration humanitaire conditionnelle ; il utilise l'armée pour expulser sommairement les migrants traversant illégalement la frontière,  en particulier une bonne partie des réfugiés ; sa tentative — anticonstitutionnelle — de supprimer le droit du sol par décret est pour l'instant bloquée par une juge du Maryland... mais pour combien de temps ?

​​​​

 

​​​En politique internationale, Trump s'engage tout simplement sur une pente dangereuse qui peut conduire le monde au désastre !

​

Il a retiré les U.S.A. de l'accord de Paris sur le climat, fragilisant considérablement ce traité et invitant les autres pays à faire de même, au grand dam de la Planète.

​

Il a tout fait pour décrédibiliser l'O.N.U. (où les États-Unis sont pourtant très puissants, mais apparemment gênés par une relative démocratie interne) et il a mis sur orbite, pour réduire encore l'influence chancelante du Conseil de Sécurité, un grotesque "Conseil de la Paix" (ticket d'entrée : un milliard de dollars !) où Donald Trump, président autoproclamé, est le seul à pouvoir inviter d'autres chefs d'État ou de gouvernement à l'intégrer, ou d'ailleurs en exclure un membre s'il le souhaite. Ridicule ou effrayant ?

​

Il a envisagé (sérieusement ? ou pour amuser la galerie, comme si c'était drôle ?) d'annexer la bande de Gaza et d'y créer une nouvelle "Riviera", sans prendre en compte une seconde les souffrances du peuple palestinien, victime du génocide perpétré par son indéfectible allié Netanyahu.

​

Après avoir dénoncé dès décembre 2024 les tarifs « excessifs » imposés par le Panama aux navires américains empruntant le Canal, "le Donald" a envoyé le 2 février 2025 son secrétaire d'État Marco Rubio pour exhorter sans succès le président panaméen à y réduire l'« influence chinoise » ; on peut craindre une intervention "musclée" d'un moment à l'autre...

​

Trump a manifesté maintes fois son désir d’annexer le Canada (en tant que "51ème État"). Les responsables canadiens ont alors menacé les États-Unis de mesures de rétorsion tarifaire et de l’arrêt de leur approvisionnement en énergie canadienne. La communauté internationale a jugé ces menaces trop disproportionnées pour être crédibles... mais quelques provinces du Nord-Ouest ne seraient pas contre... Sait-on jamais ?

​

La politique du président amériain à l'égard de l'Ukraine est fluctuante : tantôt il donne l'impression de vouloir la "lâcher" complètement en laissant Poutine en faire ce qu'il veut, tantôt il maintient la transmission de renseignements militaires vitaux à Kiev, tantôt il cherche à lui faire payer son soutien en mettant la main sur ses minerais stratégiques (dont les terres rares, mais également le pétrole et le gaz), ainsi que l'organisation de la future reconstruction des zones dévastées. Aucune prise en compte, en tout cas, des souffrances du peuple ukrainien ! L'Europe comprend de mieux en mieux (surtout dans ses franges orientales) qu'elle ne peut plus compter sur le bouclier américain...

 

Le mois dernier est venue l'heure du Groenland, possession danoise, où les U.S.A. disposent pourtant déjà d'une base militaire, et sur lequel le président américain a depuis longtemps exprimé des revendications, qu'il croit "justifier" par les nouvelles voies maritimes de la mer de Barents et de l'Atlantique nord... et par de potentielles réserves d'hydrocarbures. Après avoir menacé (« nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois »), il a mis en veilleuse ses menaces devant la réaction ferme de ses alliés européens, dont Macron, qu'il a tenté de tourner en ridicule au forum de Davos...

​​

Trump se rengorge du "formidable succès" de l'intervention du 3 janvier au Venezuela, où, après un an d'entraînement, ses troupes d'élite se sont rendues maîtres du président Maduro, au prix de la mort d'environ 80 Vénézuéliens et 30 Cubains chargés de sa protection. Comme dans beaucoup de pays où des citoyen·ne·s s'engagent contre l'impérialisme U.S., nous sommes allé·e·s manifester à Dijon contre cette agression inacceptable et cette pratique néo-coloniale... Rassuré sur l'accès des U.S.A. au pétrole, Trump s'est, depuis, abstenu de changer le régime et a laissé en place la vice-présidente.

​

Cuba est aujourd'hui dans le collimateur du président américain, ce qui réveille de tristes et vieux souvenirs. Après des décennies de blocus, ce pays symbole de la résistance anti-yankee, avec lequel Obama avait engagé une politique de confiance réciproque, est clairement menacé  surtout après la mise au pas de son allié de Caracas et un embargo pétrolier de fait  d'une prochaine intervention militaire...

 

Dans l'Océan Indien et le Golfe Persique, l'armada considérable qu'il a récemment envoyée est-elle seulement destinée à intimider l'Iran ? ou à entrer dans un conflit ouvert pour l'empêcher d'acquérir l'arme nucléaire, ce qu'il avait déjà voulu faire par ses frappes au début de l'été dernier sur deux sites... présentés alors comme "complètement détruits" ? Nous le saurons bientôt. En tout cas, il a atteint le comble de l'ignominie en encourageant, le 13 janvier, les manifestants iraniens à poursuivre leur mouvement et à renverser leurs institutions, osant leur promettre : « l'aide est en route », donc en les exposant à la très prévisible répression sanglante qui a suivi... et dont le bilan, difficile à évaluer, pourrait atteindre 30 000 morts !

​

On a parlé, pour qualifier cette politique étrangère, de "retour à la doctrine Monroe" ; à tort, car celle-ci, au début du XIXème siècle, était une stratégie fondamentalement anticoloniale. Au contraire, Trump, qui méprise la vieille Europe, voudrait aujourd'hui (à supposer qu'il ait une vision stratégique globale) mettre au pas tous les pays du monde et les détourner de l'influence croissante de la Chine, perçue comme une menace existentielle. D'où une exacerbation — voire un déclenchement — de crises internationales, où il joue chaque fois un rôle actif et subversif. Pourtant, si on en croit un sondage YouGov de février 2025, seulement 4 % des États-uniens soutiennent l'expansion américaine si elle nécessite la force militaire, 33 % l'expansion sans recours à la force militaire ou économique, et 48 % s'y opposent totalement.

 

 

Il y a encore quelques semaines, on ne pouvait qu'être pessimiste sur  les entraves que pourrait apporter l'opposition démocrate, "sonnée" et divisée, à cette politique probablement désastreuse pour les États-Unis à long terme, et peut-être pour la paix du monde à très court terme.

Mais le monde des arts et du spectacle commence à faire entendre sa voix : Bruce Springsteen, Bad Bunny et Billie Eilish s'opposent maintenant ouvertement à l'ICE devant les caméras.

L'élection en novembre 2025 de Zohran Mamdani, membre du parti des Socialistes démocrates d'Amérique, à la mairie de New York a ravivé un peu l'espoir des vrais amis de la démocratie américaine. 

Des personnalités démocrates comme Gavin Newsom, gouverneur de Californie (que Trump avait accusé d'être responsable des incendies de l'été dernier dans son état) cherchent à contrer la propagande trumpienne.

​​Même quelques Républicains, qui se revendiquent "Never Trumpers" (comme Liz Cheney, fille de l'ancien président Dick Cheney), s'indignent des frasques de leur chef de file... 

​

Peut-être les derniers épisodes de cette incroyable saga vont-ils enfin fragiliser la situation du président... Mais un éventuel remplacement par le vice-président J. D. Vance, idéologue réactionnaire, xénophobe et beau parleur serait-il une bonne nouvelle ?

​

L'Amérique qu'on aime, espérons-le, n'a pas dit son dernier mot !

​​​

​​

​

Retour au sommaire

Vers notre site web

​

​

Je souhaite inscrire un·e ami·e à cette lettre

​

Mes avis sont les bienvenus

​

Je souhaite ne plus recevoir cette lettre

​​​

541363117_1752363872073958_5925112520484622567_n.jpg
logoRQ.png
bottom of page