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On aimerait tellement

ne plus vous parler de Trump !

Nous lui avions consacré un article il y a dix mois, mais il nous faut revenir sur le sujet : la politique agressive, inconséquente et mortifère du président des États-Unis a franchi de nouveaux seuils, menaçant plus que jamais la démocratie américaine et la paix mondiale. Cet article est bien long... mais le sujet est, hélas, inépuisable !

 

La politique intérieure trumpienne, mal connue en Europe mais théâtralisée par la diffusion sur toute la planète de l'apposition (devant les caméras) d'une signature boursouflée au bas de ses décrets, a confirmé les  abus de pouvoir  du président : gel des embauches dans l'administration fédérale, licenciements massifs — pour raisons politiques — de fonctionnaires ; recrutement de collaborateurs aussi incompétents que serviles ; attaques contre les universités et la recherche (particulièrement en sciences humaines) ; nomination de lobbyistes du pétrole, du gaz et de la chimie à l'Agence de Protection de l'Environnement pour annuler les réglementations climatiques et les contrôles de pollution... Trump a accablé les personnes transgenres de mesures discriminatoires. Sa brouille avec Elon Musk, écarté du "Département de l'Efficacité gouvernementale", n'a pas empêché l'homme le plus riche du monde de prospérer plus que jamais sous son mandat.

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Les États-uniens "ordinaires" sont-ils aussi prospères ?  Non ! Les inégalités s'accroissent. Le "One Big Beautiful Bill Act" (       ) prévoit la réduction de multiples dépenses sociales, comme le SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program) et le Medicaid  (assurance sociale, désormais soumise à conditions, par exemple à l'obligation de travailler), ce qui privera de ces droits 6 à 8 millions d'Américain·e·s. Trump a mis fin aux projets "diversité, équité et inclusion" du gouvernement fédéral (licenciant les employés chargés de cette mission) et à l'obligation de non-discrimination aux entreprises sous contrat. Il a décidé une augmentation de 150 milliards de dollars des dépenses militaires et une baisse des impôts pour les plus riches, qui devraient accroître la dette fédérale de 3 400 milliards de dollars sur dix ans. Il a abrogé un décret qui prohibait la discrimination au sein des entreprises sous contrat fédéral.

 

Les exactions commises fin janvier par des agents fédéraux à Minneapolis (meurtres injustifiables commis par l'ICE, toute-puissante police — masquée — de l'immigration et des douanes, de deux citoyen·ne·s "ordinaires", Renee Good puis Alex Pretti) ont failli, fin janvier, mettre le feu au pays. Doit-on en être surpris, sachant que, dans un discours électoral du 9 septembre 2024, Trump souhaitait ni plus ni moins qu'autoriser une journée de violences policières ? : il affirmait : « une bonne journée de violence, de la vraie violence, bien comme il faut » pourrait permettre de mettre fin à la criminalité « immédiatement » ! Des habitants jusqu'alors sans histoire se sont organisés contre les exactions de l'ICE et ont dénoncé les provocations criminelles de cette milice présidentielle. Après avoir encouragé sa ministre de la Sécurité intérieure à mentir sur ces événements, Trump a dû reculer et s'engager à mener une enquête "honorable et honnête" sur les faits. Tiendra-t-il parole ?

 

Il y a quelques jours, lors du "mois des personnes de couleur", le compte Truth Social du président a publié une incroyable vidéo raciste représentant Barack et Michelle Obama en singes (sensée critiquer une prétendue fraude électorale). Face à une levée de boucliers — y compris dans son propre camp —, il a fini par la condamner, niant contre toute évidence son implication (il a "chargé" un membre de son équipe et affirmé qu'il n'avait pas visionné la vidéo jusqu'au bout), et sans présenter la moindre excuse.

 

Il tente de mettre au pas, avec les multimilliardaires qui le soutiennent, la liberté de la presse : la dernière victime, le prestigieux Washington Post (qui s'était illustré en 1974 lors du scandale du Watergate), a subi une hémorragie d’abonnés lorsque son patron Jeff Bezos (dont les entreprises ont d’importants contrats avec l’État fédéral, concernant par exemple  le stockage de données ou l’espace) a empêché la Rédaction de soutenir Kamala Harris, puis célébré la victoire de Trump et financé le documentaire Melania dédié à la Première Dame, avant de licencier près de 40 % de ses journalistes, dont l'essentiel de ses correspondants à l'étranger !

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En matière d'immigration, le président a repris les travaux du "mur" avec le Mexique, imposé une application mobile très restrictive à l'entrée de nouveaux migrants, et mis fin à un programme autorisant une immigration humanitaire conditionnelle ; il utilise l'armée pour expulser sommairement les migrants qui traversent illégalement la frontière,  en particulier une bonne partie des réfugiés ; sa tentative — anticonstitutionnelle — de supprimer le droit du sol par décret est pour l'instant bloquée par une juge du Maryland... mais pour combien de temps ?

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​​​En politique internationale, Trump s'engage tout simplement sur une pente dangereuse qui peut conduire le monde au désastre !

Il a retiré les U.S.A. de l'accord de Paris sur le climat, fragilisant considérablement ce traité et invitant les autres pays à faire de même, au grand dam de la Planète.

Il a tout fait pour décrédibiliser l'O.N.U. (où les États-Unis sont pourtant très puissants, mais apparemment gênés par une relative démocratie interne) et il a mis sur orbite, pour réduire encore l'influence chancelante du Conseil de Sécurité, un grotesque "Conseil de la Paix" (ticket d'entrée : un milliard de dollars !) où Donald Trump, président autoproclamé, est le seul à pouvoir inviter d'autres chefs d'État ou de gouvernement à l'intégrer (les "fayots" s'y bousculent), ou d'ailleurs en exclure un membre s'il le souhaite... Ridicule ou effrayant ?

Après avoir apporté un soutien sans réserve à Netanyahou dans son impitoyable génocide des Palestiniens, il a envisagé (sérieusement ? ou pour amuser la galerie, comme si c'était drôle ?) d'annexer la bande de Gaza et d'y créer une nouvelle "Riviera", sans prendre en compte une seconde les souffrances du peuple palestinien.

Dès décembre 2024, il avait dénoncé les tarifs « excessifs » imposés par le Panama aux navires américains empruntant le Canal ; le 2 février 2025, "le Donald" a envoyé son secrétaire d'État Marco Rubio pour exhorter sans succès le président panaméen à y réduire l'« influence chinoise » ; on peut évidemment craindre une intervention "musclée" d'un moment à l'autre...

Trump a maintes fois manifesté son désir d’annexer le Canada (en tant que "51ème État"). Les responsables canadiens ont alors menacé les États-Unis de mesures de rétorsion tarifaire et de l’arrêt de leur approvisionnement en énergie canadienne. La communauté internationale a considéré ce projet de doublement de la surface du territoire national trop disproportionné pour être crédible... mais quelques provinces canadiennes du Nord-Ouest ne seraient pas contre... Sait-on jamais ?

La politique du président américain à l'égard de l'Ukraine est fluctuante : tantôt il donne l'impression de vouloir la "lâcher" complètement en laissant Poutine en faire ce qu'il veut, tantôt il maintient la transmission de renseignements militaires vitaux à Kiev, tantôt il cherche à lui faire payer son soutien en mettant la main sur ses minerais stratégiques (dont les terres rares, mais également le pétrole et le gaz), ainsi que l'organisation de la future reconstruction des zones dévastées. En tout cas, aucune livraison de nouvelles armes si elle ne sont pas payées par l'Europe, et aucune prise en considération des souffrances du peuple ukrainien ! L'Europe comprend de mieux en mieux (surtout dans ses franges orientales) qu'elle ne peut plus compter sur le bouclier américain...

 

Le mois dernier est venue l'heure du Groenland, possession danoise, où les U.S.A. disposent pourtant déjà d'une base militaire, et sur lequel le président américain a depuis longtemps exprimé des revendications, qu'il croit "justifier" par les nouvelles voies maritimes de la mer de Barents et de l'Atlantique nord... et par de potentielles réserves d'hydrocarbures. Après avoir menacé (« nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois »), il a mis en veilleuse ses menaces devant la réaction ferme de ses alliés européens, dont Macron (qu'il a lourdement tenté de tourner en ridicule au forum de Davos) et les réticences de l'opinion publique étatsunienne.

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Trump se rengorge du "formidable succès" de l'intervention du 3 janvier au Venezuela, où, après un an d'entraînement, ses troupes d'élite se sont rendues maîtres du président Maduro, au prix de la mort d'environ 80 Vénézuéliens et 30 Cubains chargés de sa protection. Comme dans beaucoup de pays où des citoyen·ne·s s'engagent contre l'impérialisme U.S., nous sommes allé·e·s manifester à Dijon contre cette agression inacceptable et cette pratique néo-coloniale... Rassuré sur l'accès des U.S.A. au pétrole, Trump s'est, depuis, abstenu de changer le régime et a laissé en place la vice-présidente.

Cuba est aujourd'hui dans le collimateur du chef de l'État américain, ce qui réveille de tristes et vieux souvenirs. Après des décennies de blocus, Obama avait engagé une politique de confiance réciproque avec ce peuple symbole de la résistance anti-yankee ; l'île n'est-elle pas à nouveau, par les privations en pétrole et autres produits essentiels imposées par les U.S.A, "soumise, en exécution d'un plan concerté, à des conditions d'existence de nature à entraîner sa destruction totale ou partielle" ? C'est, en droit international, une des définitions du crime contre l'Humanité !  Ce fier pays, qui est parvenu pendant près de 70 ans à maintenir son indépendance en Amérique est clairement menacé — surtout après la mise au pas de son allié de Caracas et l'embargo pétrolier — d'une prochaine intervention militaire... 

 

Dans l'Océan Indien et le Golfe Persique, l'armada considérable que Trump a récemment envoyée est-elle seulement destinée à intimider l'Iran ? ou à entrer dans un conflit ouvert pour l'empêcher d'acquérir l'arme nucléaire, ce qu'il avait déjà voulu faire par ses frappes au début de l'été dernier sur deux sites... présentés alors comme "complètement détruits" ? Nous le saurons bientôt. En tout cas, il a atteint le comble de l'ignominie en encourageant, le 13 janvier, les manifestants iraniens à poursuivre leur mouvement et à renverser leurs institutions, osant leur promettre : « l'aide est en route », les exposant ainsi à la très prévisible répression sanglante qui a suivi... et dont le bilan, difficile à évaluer, pourrait atteindre 30 000 morts !

Tout cela peut-il durer ? Il y a, dans la démarche trumpienne, beaucoup d'éléments totalement nouveaux dans l'histoire américaine. On a parlé, pour qualifier sa politique étrangère, de "retour à la doctrine Monroe" ; à tort, car celle-ci, au début du XIXème siècle, était une stratégie fondamentalement anticoloniale. Au contraire, Trump, qui méprise la vieille Europe, voudrait aujourd'hui (à supposer qu'il ait une vision stratégique globale) mettre au pas tous les pays du monde et les détourner de l'influence croissante de la Chine, perçue comme une menace existentielle. D'où une exacerbation — voire un déclenchement — de crises internationales, où il joue chaque fois un rôle actif et subversif. Pourtant, si on en croit un sondage YouGov de février 2025, seulement 4 % des États-uniens soutiennent l'expansion américaine si elle nécessite une intervention militaire, 33 % l'expansion sans recours à la force militaire ou économique, et 48 % s'y opposent totalement.

Il y a encore quelques semaines, on ne pouvait qu'être pessimiste sur les entraves que pourrait apporter l'opposition démocrate, "sonnée" et divisée, à cette politique probablement désastreuse pour les États-Unis, et peut-être pour la paix mondiale.

Mais le monde des arts et du spectacle commence à faire entendre sa voix : Bruce Springsteen, Bad Bunny et Billie Eilish s'opposent maintenant ouvertement à l'ICE devant les caméras.

​Les élections, à New York en novembre 2025, de Zohran Mamdani à la mairie et, pour la 4ème fois, de la jeune Représentante Alexandria Ocasio-Cortez (A.O.C.), membres des "Socialistes Démocrates d'Amérique", ont ravivé l'espoir des amis de la démocratie américaine, et la plupart des scrutins locaux sont favorables au "parti de l'âne" (Démocrates).

​Des personnalités de l'opposition comme Gavin Newsom, gouverneur de Californie (que Trump avait accusé d'être responsable des incendies de l'été dernier dans son état) parviennent à contrer la propagande trumpienne.

​​​Même quelques membres du parti de l'éléphant (les Républicains), qui se revendiquent "Never Trumpers" (comme Liz Cheney, fille de l'ancien vice-président Dick Cheney), s'indignent des frasques de leur chef de file... 

 

​Peut-être les derniers épisodes de l'incroyable saga Trump vont-ils enfin fragiliser la situation du président...

Il a hésité sur l'Iran, il a reculé sur le Groenland, il s'est totalement déconsidéré lors des exactions de sa milice à Minneapolis. Fait majeur, l'inflation gagne partout du terrain ; les loyers s'envolent (surtout dans les états républicains du Nord-Ouest) alors que les impôts baissent pour les plus aisés. Le "rêve américain" semble menacé. Plus prosaïquement, les révélations du tentaculaire dossier Epstein pourraient fort bien compromettre "le Donald", très souvent cité dans les textes "épluchés" par une presse souvent courageuse. Les sondages montrent une déception significative de l'opinion depuis sa deuxième élection (selon la dernière enquête du New York Times, 55 % des Américains désapprouvent le président, 41 % l'approuvent).

Alors que beaucoup de Républicains font de la surenchère sur l'immigration (pas tous, ce qui introduit dans le "Grand Old Party" des ferments de division), les Démocrates semblent reprendre confiance en constatant l'inconséquence et l'impopularité croissante du président (Clinton, par exemple, le critique ouvertement, acte rarissime de la part d'un ancien locataire de la Maison Blanche)... mais cette opposition est encore bien désunie !

Les élections de mi-mandat (qui renouvelleront toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat) auront lieu en novembre, et on peut redouter d'ici là de nouvelles inconséquences dans le comportement d’un chef d'État qui se révèle de plus en plus instable. Trump veut s'en prendre à la composition des listes électorales (il souhaite y modifier les critères d’inscription en faveur des populations les plus stables) ou au découpage des circonscriptions (ce qui relève normalement de la législation des états), voire de déployer des agents de l'ICE dans les bureaux de vote... Menaces de coup d'État ? Fanfaronnades ? Signes de faiblesse ?

Quoi qu'il en soit, un éventuel remplacement de Trump par le vice-président J. D. Vance, idéologue réactionnaire, xénophobe et (trop) beau parleur, ne serait pas une bonne nouvelle...

Les États-Unis sont-ils menacés par l'autocratie ? L'Amérique qu'on aime, espérons-le, n'a pas dit son dernier mot !

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