Je m’exprime ici en tant qu’adhérente à l’Union juive française pour la paix (UJFP), en essayant de répondre à la question si fréquemment posée : « Comment des Juifs dont les familles ont souvent connu la pire des souffrances dans les camps de la mort nazis peuvent-ils être devenus capables de perpétrer un génocide ? »
Tentons une réponse rapide. La faute en revient au sionisme car avec le sionisme (mouvement politique né à la fin du 19ème siècle, visant à l'établissement puis à la consolidation d'un État juif en Palestine), des Juifs ont changé de statut : en édifiant leur État sur le territoire d’un autre peuple, ils sont passés dans le camp des conquérants, des dominants.
Pendant des siècles, ils avaient appartenu au monde des minorités opprimées. Au 19ème siècle, la majorité d’entre eux vivait dans l’Empire tsariste (en Pologne, Ukraine, Roumanie, Hongrie, pays baltes…), où ils étaient soumis à la misère, aux discriminations et aux pogroms, si bien que nombre d’entre eux luttaient pour la justice sociale. C’est parce qu’ils connaissaient la discrimination, le rejet, que les intellectuels juifs alimentèrent la pensée critique du monde occidental. Et comme beaucoup de juifs avaient adhéré au socialisme, ce fut en tant que « judéo-bolcheviques » que les Russes blancs en assassinèrent 40 000 après la révolution d’Octobre. Ce fut en tant que « judéo-bolcheviques » que plus tard les nazis assassinèrent par millions les membres de cette « race » dite inférieure .
Le sionisme n’avait pas beaucoup de succès jusqu’ à ce que, lors de l’avènement du nazisme, les portes des U.S.A comme de la Grande-Bretagne leur étant fermées, des flots de Juifs rejoignirent la Palestine... C’étaient des réfugiés. Mais dès qu’ ils mettaient le pied en Palestine, et le plus souvent sans le savoir, disons même : innocemment, les réfugiés allaient devenir, aux yeux de la population palestinienne, des envahisseurs. Et durant la guerre de 1948, des expulseurs.
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Israël allait forger un Juif nouveau : musclé, armé, volontiers arrogant. Et en complicité avec cet État, une partie du monde juif a peu à peu muté.
C’est un problème qui nous touche, nous, Juifs antisionistes, parce que nous ne supportons pas que les sionistes se servent de la tragédie vécue sous le nazisme pour justifier leurs crimes. Nous nous disons avec horreur : jamais nos parents morts en camp n’auraient désiré devenir la caution de criminels… C’est comme si on les assassinait une deuxième fois.
Sous l’emprise de leaders sionistes qui eux, avaient leur projet de grand remplacement de la population palestinienne autochtone, l’Israélien a évolué, influencé par une propagande intense qui lui serinait : « Ce territoire est à nous depuis toujours ». « Israël est notre refuge car nous avons été partout menacés ».
Au début du 20ème siècle, le monde arabe était en pleines luttes de décolonisation, si bien que fatalement, dès 1948, après avoir expulsé les deux tiers de la population palestinienne, Israël allait se heurter à une résistance (que de guerres contre les Arabes ! 1948, 1956, 1967, 1973, 1982, intifadas, 2006, massacres à Gaza : 2009, 2012, 2014, 2021, et… l’après 7 octobre). Or chaque guerre délivre son lot de propagande, de peur et de haine, de quoi asservir les esprits. Encore. Et encore. Et encore. Ce fut une dérive. En 1982, lors du terrible massacre de Sabra et Chatila, 400 000 Israéliens ont protesté contre le général Sharon. Ce serait impensable de nos jours : de victoire en victoire, de guerre en guerre, on devient plus raciste, plus violent et dans les territoires illégalement occupés, chaque jeune de 18 ans mobilisé a appris à humilier, à détruire, à tuer, et après le 7 octobre, c’est allé très loin, jusqu’au génocide.
Si Israël avait été sanctionné lors de ses très nombreux manquements au droit international, sans doute n’aurait-il pas franchi toutes les limites. Mais dès sa création, ses puissants parrains occidentaux lui ont tout autorisé : expulser une population, lui interdire le droit de retour, occuper, coloniser, pratiquer l’apartheid. Or les Occidentaux se sont alliés à lui militairement, diplomatiquement, etc.
Cette complicité aura amené les Israéliens, accueillis dans le camp des dominants, à plonger dans l’abîme.
Fini le paria d’autrefois. Fini le juif de gauche, sensible aux droits de l’homme, universaliste, antiraciste. Bonjour le colon, jusqu’aux crimes contre l’humanité.
L’écrivain américain El Akkad, s’adressant aujourd’hui aux Israéliens : « Sachez qu’une chose terrible vous arrive en ce moment. On vous force à tuer une part de vous qui autrement crierait pour s’opposer à l’injustice. (...) Battez-vous contre le vol de votre âme ».
Respect aux Juifs israéliens, hélas peu nombreux, qui se battent contre le vol de leur âme.
Évelyne Reberg, petite-fille de déportés, dont la famille vit en Israël.
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