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Loin de nous l’idée, ici, de dresser le portrait « people » d’une personnalité politique mise en orbite depuis quelques semaines par une certaine droite... Nous voulons simplement souligner que, dans la France macronienne, le débat tend à délaisser l’argumentation au profit de la provocation et de la violence verbale.

Comment cela ? Mais Sarah Knafo est toujours souriante ! C’est vrai ; elle a même fait de son sourire une carte de visite pour se faire une place dans le monde politique. Oh, pas un sourire de Joconde, discret, fascinant, pénétré de sérénité intérieure… Un sourire de défi, agressif, conquérant, suffisant, un brin ironique.

Et ça marche !

Jamais elle ne se laisse atteindre dans les débats par la volonté de journalistes (oui, il en est d’indociles) ou de personnalités politiques (souvent bien plus expérimentées qu’elles) de rester dans le sujet, de demander des explications, de confronter aux faits ses spécieux raisonnements. "Débatteuse" dans l’âme, elle affirme, elle réaffirme, elle confirme, elle reconfirme, croyant désarmer son interlocut·eur·ice, y parvenant souvent.

Cette stratégie lui a plutôt réussi. Restée longtemps dans l’ombre de Zemmour (à titre de conseillère), membre du Parlement européen depuis 2024 sans avoir pu vraiment peser sur la politique nationale, elle est devenue l'une des « 200 qui feront la France de demain » selon Le Figaro. Elle développe aussi ses liens à l’international, comme lorsqu’elle a assisté à la cérémonie d’investiture de Donald Trump il y a un an.

Qui l’a entendue lors d’un débat ne peut qu’être impressionné par sa pugnacité, par son culot à énoncer lieux communs et contre-vérités (ou à "noyer le poisson") sur un ton qui paralyse souvent ses interlocut·eur·ice·s. Dans sa campagne pour la mairie de Paris — engagée tardivement —, l’eurodéputée "Reconquête" bénéficie des yeux doux que lui fait le monde médiatique (le TF1 de  Křetínský et le groupe Canal de Bolloré en particulier). Elle sait aussi s’inspirer de modèles progressistes comme le nouveau maire "socialiste" de New York Zohran Mamdani (qui n'en aurait certainement pas tant demandé). Mais il ne faut point trop gratter le vernis pour lui trouver une idéologie particulièrement rance et on ne peut plus démagogique ; dangereuse en tout cas.

 

Influencée par les libertariens américains, elle veut faire la chasse à l’aide publique au développement, aux prestations non contributives accordées aux étrangers, telles que le RSA ou les aides au logement, au soutien public aux éoliennes, à la politique de la ville, ainsi qu'aux agences publiques comme l’AdemeFrance Travail ou l’ArcomÀ cela s’ajoutent des attaques répétées contre les fonctionnaires… Notons qu’elle est elle-même énarque, ce qui l’a conduite à rédiger un "guide pratique" à l’usage de l'administration pour faciliter les procédures d'expulsion des clandestins ; elle a dû quitter la Cour des Comptes, où sa fonction était déontologiquement incompatible avec celle de cheffe de campagne pour Éric Zemmour aux dernières européennes. Elle a par ailleurs fondé l'association "Parents vigilants", un réseau mobilisant les familles contre ce qu'elle décrit comme une "idéologie d'endoctrinement" à l'école.

Madame Knafo promet à Paris un "nouvel âge d'or". Candidate dans le très bourgeois XVIème arrondissement, elle aime l’ordre : elle veut « reconquérir les zones de non-droit », parmi lesquelles « les Champs-Élysées » ! Elle veut réduire le nombre de migrants dans la ville (ce qui ne relève en rien d’une compétence de maire) ; elle compte doubler les effectifs de la police municipale et armer celle-ci, mais diviser par deux les effectifs des personnels de la mairie en dix ans (cherchez l’erreur !).

Elle se fiche royalement de l’environnement, promettant dans un programme particulièrement démagogique de porter la limite de vitesse sur le "périph" à 80 km/h (contre 50), rouvrir les voies sur berges de la Seine (bonjour le bruit, la pollution, le respect du patrimoine dans ce site classé !), faciliter le stationnement des voitures particulières dans Paris (en baissant drastiquement le coût du stationnement), interdire aux policiers municipaux de verbaliser les terrasses chauffées (interdites par la loi) des cafés et restaurants…

Son programme pour la capitale (qui, selon elle, "devrait être la locomotive du pays" et "est devenue un boulet financier") se distingue surtout par ses promesses budgétaires intenables. Elle affirme cependant pouvoir trouver de l’argent, par exemple en "supprimant les subventions aux associations politisées et militantes",  en "privatisant la propreté de Paris",  et en "arrêtant la construction de logements sociaux" ! C'est sûr, Paris manque de riches...

Son obsession sécuritaire lui a inspiré sa dernière idée géniale : connecter les lampadaires urbains à une intelligence artificielle sensible au bruit et au mouvement pour lutter contre les violences faites aux femmes dans la rue… Si elle est élue, le flicage des citoyen·ne·s a de beaux jours devant lui ! Cette suggestion ignore d’ailleurs que le violeur surgi de nulle part dans la nuit est une exception, que les agresseurs sont majoritairement des connaissances de leur victime, et que celle-ci est plutôt tétanisée que prête à attirer l’attention d’un robot "vidéosurveillant" en criant et en gesticulant.

 

Bref, il ne nous reste que son sourire ravageur pour nous empêcher de broyer du noir… Parmi les sujets d'inquiétude, il en est un, majeur : si sa candidature à Paris devait être un succès, elle pourrait viser veaucoup plus haut dans un an.

 

Une consolation tout de même : si on s’intéresse aux sondages pour l’élection municipale, on constate que Sarah Knafo est bien partie pour accéder au second tour des municipales parisiennes (voir ici le nouveau mode de scrutin), et donc diviser l’électorat de droite en siphonnant une partie des voix de Rachida Dati dans les "quartiers bourgeois" de l’Ouest ; elle laisserait ainsi plus de chances à Emmanuel Grégoire (P.S.) ou à Sophia Chikirou (LFI) de s'imposer (au cas où ces dernier·e·s trouveraient un terrain d'entente...). Ah, si seulement Sarah Knafo contribuait ainsi à empêcher la Droite d’accéder au pouvoir dans la capitale !

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