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Interview : Nelly Bollard

Bonjour Nelly, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

 

Je suis Nelly Bollard, retraitée. Auparavant, j’étais assistante sociale, un métier que j’aimais beaucoup. J’ai le sens du social. Depuis des années, l’idée était de dire que les mères ou les pères de famille, quand l’école fermait, ou quand un enfant était malade, ou que les parents rencontraient une difficulté, devaient pouvoir trouver un moyen de dépannage, parce qu’on n'est plus deux générations dans le même village.

 

J'ai donc cherché pendant des années le moyen de mettre en place cette association, dont l'idée de base était : « Est-ce que des mamies dépanneuses peuvent aider ponctuellement des gens en difficulté ? Je dis bien ponctuellement ! J’ai cherché avec la Confédération Sociale des Familles, j’ai réfléchi à plein de solutions, et un jour j’en ai parlé avec la conseillère en économie sociale et familiale du centre social qui m’a dit : « ton idée est géniale et le centre peut la prendre en charge ! ».

 

Ça n’était donc pas un modèle venu d’ailleurs ?

 

J’ai cherché sur internet. J’avais trouvé quelques associations. Le problème était de savoir qui pourrait prendre en charge cette activité, parce qu’il faut un lieu de centralisation. C’est comme cela qu’est née cette entraide, et c’est la conseillère qui a pris en charge l’organisation. Nous étions une dizaine de personnes à nous réunir et mon idée a été trouvée assez bonne. La conseillère a dit : « j’ai une maman qui va avoir tel problème, qui peut dépanner ? ».

Je veux vous raconter mon histoire des allées cavalières à Quetigny. Un jour, je suis amenée à dépanner une maman dans ce quartier, à sa demande. Je vais chercher le petit à la sortie de l’école et je l’accompagne jusqu’à la maison. Une autre maman me dit : « vous êtes la mamie dépanneuse ? » ; je dis « oui ». Ca veut dire qu’elle savait qu’il y avait un enfant à dépanner mais qu’elle n’avait pas proposé à la maman... J’ai été surprise et déçue.

En tout cas, ça s’est mis en place très facilement. Ça fonctionne bien et on dépanne une vingtaine de fois par an. On a distribué des flyers à la sortie des écoles et les écoles maternelles. Les parents se sont dit intéressés. On en a déposé à la PMI, à la crèche aussi. En général, ça fonctionne plutôt bien.

Ça s’est toujours appelé « les mamies dépanneuses » ?

 

On a hésité, on a changé de nom, mais on a gardé « mamies dépanneuses », ... parce que nous sommes toutes des mamies. On a eu quelques oppositions : les assistantes maternelles ont eu peur qu’on leur prenne leur travail... Comme en a eues l’association « Cousi devoirs » avec les institut·eur·rice·s qui ont eu peur qu’on les concurrence, alors qu'il était très clair que notre activité devait être occasionnelle.

Je trouve que ça se passe très facilement mais pour certains enfants, il faut prendre des précautions. Un des derniers enfants que j’ai accueillis, je suis allée le voir chez lui. Chacune a ses préférences. Pour ma part, je ne veux pas prendre des enfants de moins de trois ans. On accueille jusqu’à 12 ans à peu près, mais on n’est jamais allé au-delà.

 

Là, par exemple, on a une demande pour une maman qui fait une formation. On a dit qu’on ne pouvait pas répondre favorablement parce que le dépannage revenait trop régulièrement.

Le dépannage se fait à domicile ?

 

C’est au choix. Personnellement, je n’ai jamais fait de dépannage chez les gens, mais pour les tout petits on peut le faire à domicile. Il nous est arrivé de garder les enfants à la Parenthèse, à la ludothèque, parce que les parents étaient en formation.

On a aussi pensé aux mères de famille, seules , qui voulaient sortir de temps en temps, mais aussi se rendre à des rendez-vous médicaux ou à des activités pas forcément improvisées.

 

Les mêmes parents reviennent vers vous ?

 

Oui, certains, et il y a parfois une fidélité. Il y a eu un enfant qui venait régulièrement, et on s’arrangeait parfois pour répondre à cette fidélité. Il peut arriver aussi qu’une mamie prenne un enfant le matin et une autre l’après-midi, en fonction de nos disponibilités.

 

De votre côté, vous préférez avoir les mêmes enfants ?

 

Oui, c’est mieux !

 

Quelle est la durée du dépannage ?

 

C’est variable. Ce peut être une heure, une demi-journée ou une journée. J’ai eu un petit dont la maman m’a demandé de l’amener à la cantine. Je l’ai eu le matin et ensuite je l’ai amené à la cantine.

 

Actuellement combien de mamies êtes-vous ?

 

Une dizaine. Il y a toujours des nouvelles qui viennent... C’est rare qu’on ne puisse pas répondre à la demande.

 

Et comment passe l’info ?

 

Essentiellement par la Passerelle et les flyers qu’on diffuse dans les écoles et la PMI.

 

Vous organisez des réunions entre vous ?

Oui, pour faire le point, au minimum une fois par an. Et puis, les mamies dépanneuses, je les connais par ailleurs. La plupart sont engagées dans des associations.

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Quelles relations avez-vous établies avec la mairie, s'il y en a ?

 

L’an dernier, nous avons été récompensées lors de la journée de l’engagement, de la solidarité. Chacune d’entre nous a reçu une place de théâtre gratuite, et nous y avons été sensibles...

Êtes-vous rémunérées ?

 

On fait payer les familles. Un euro, je crois ; une somme modique. C’est comme pour Cousi-Devoirs ; on pense que c’est important, pour les gens, de savoir que ce n’est pas gratuit. Cela valorise notre action. Ce n’est évidemment pas pour nous !

Oui, on s'en doute ! Avez-vous parfois des signes de reconnaissance, en-dehors de ceux venant de la mairie ?

Oui, de la part des familles. Par exemple, la fois des Allées Cavalières, on a eu droit à une savonnette, de la crème pour les mains... des petits trucs montrant une certaine reconnaissance, quoi.

Est-ce que vous avez déjà eu des « papys dépanneurs » ?

 

Non.

 

Vous les chassez, vous leur faites peur ?

Non, mais la plupart du temps, si on est en couple, on fait tout ça ensemble...

 

Y a-t-il beaucoup de renouvellement dans les familles que vous aidez ?

Il y a des « familles fixes », mais aussi d’autres qui se renouvellent... Mais j’avoue que, quelque part, je suis un peu déçue du manque de demandes. Est-ce que c’est compliqué de faire confiance à quelqu’un ?

Sans doute les gens n’osent-ils pas... même s’ils ont eu le papillon dans un commerce.

Je dirai qu’à l’origine, c’est la conseillère en économie sociale et familiale qui propose aux familles de faire appel à nous. Elle nous connaît bien. Moi, je suis un peu déçue des travailleurs sociaux qui ne font pas le relais.

Est-ce que vous emmenez les enfants, par exemple dans les jardins publics, au spectacle...? 

Tout dépend des horaires auxquels on les a, de leur âge... Moi, j’avoue, je suis très « jeux », et ça marche bien ! Au spectacle, non, car il y a une bonne part d’improvisation quand même. Il faudrait que ça tombe un mercredi...

Et puis, tu assumes une responsabilité ; les emmener dans ta voiture, par exemple ! Alors, on est assuré — comme pour Cousi Devoirs d’ailleurs — à la MAIF.

Et vous faites des aides le soir ?

Oui, ça peut même être la nuit ; mais on n’a pas beaucoup de demandes pour ça.

On suppose que dans ce cas, vous faites les aides chez vous ?

Pas forcément, mais c’est le plus courant... Et puis, une maman solo a le droit de sortir aussi !

L’aide, c’est ça aussi !

Oui ; dans mon esprit, au départ, l’aide, c’était du dépannage, par exemple quand la crèche ne va pas bien, quand il y a une grève dans les écoles... Mais on a étendu notre champ d’action dans l’idée de donner plus de liberté aux mamans.

En somme, tout ce qui n’est pas hors la loi est possible...

Oui ; mais je suis désolée qu’on ait recours à une association, parce que que la solidarité de voisinage ne fonctionne pas ! 

Peut-être faut-il, au lieu de tout institutionnaliser, imaginer une démultiplication de ces formes d’entraide sur la ville sous une forme associative, ou de réseau ?

Je pense qu’on va y être obligé !

Pourquoi ?

Parce que je trouve que les gens se replient de plus en plus sur eux-mêmes.

L’institutionnalisation, on peut la concevoir, soit comme une disparition de la solidarité de proximité, soit comme une obligation à cause de la concurrence vis-à-vis de professionnels ou d’associations...

Il n’est qu’à se documenter sur l’aide aux personnes âgées ! Vous avez vu le nombre d’entreprises qui se sont montées ? C’est impressionnant ! Et ils font du bénéfice là-dessus ! et sur le dos de personnes qui se font exploiter...

Est-ce qu’il y aurait des moyens, selon toi,  de mieux informer

les Quetignois de votre existence ?

Oh, je crois que c’est passé dans les journaux, on a distribué des flyers,

on a  établi des liens avec tous les gens qui s’occupent d’enfants...

Je crois qu’on a fait ce qu’il fallait.

       

En fait, vous avez créé une nouvelle association, avec un

objectif très bien identifié... et vous vous y tenez !

Oui, un peu comme pour Cousi-Devoirs [ voir notre interview de François

Pernot, son président, dans notre Lettre n° 4 ] dont l’idée de départ, une

forme de solidarité, était très claire...

Avais-tu ressenti toi-même, quand tes enfants étaient petits,

le besoin d'une structure comme celle que tu as créée plus tard ?

 

Sans doute... Quand je travaillais, il m’est arrivé plusieurs fois d’être coincée.

Alors, quand les gamins sont en nourrice ou à la crèche, en général ça va bien...

Mais c’est après !

 

​Nous arrivons au terme de cette interview... As-tu un dernier mot ?

Il faut qu’on réfléchisse à des formes de solidarité simples... et il faut un support pour pouvoir le faire ; pour nous, ce support a été le centre social.

 

En tout cas, si quelqu’un, parmi notre nombreux lectorat  😉 , se dit : « tiens, ça m’intéresse ! », qu’il n’hésite pas ! On peut laisser ton adresse mail à celles et ceux qui souhaiteraient te contacter ?

Certainement : mnbollard@hotmail.fr.

Merci beaucoup, Nelly !

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