
Pourquoi il ne faut pas armer la police municipale
On parle de plus en plus à Quetigny d'armer la police municipale avec des armes à feu. Il s'agit aussi d'une revendication des policiers municipaux, semble-t-il. Or, face à cette proposition, il faut discuter de ce qu’est une police municipale, son rôle, ses éventuels risques.
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Qu’est-ce qu’une police municipale ?
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D’après le Code de la Sécurité Intérieure, art. L511-1, « les agents de police municipale exécutent, dans la limite de leurs attributions et sous son autorité, les tâches relevant de la compétence du maire que celui-ci leur confie en matière de prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques ». Ils ont donc un rôle de police de proximité que n’ont pas ou plus ni la Police Nationale, ni la Gendarmerie. Les agents de la police municipale sont déjà équipés d’armes non létales : tonfa, matraques télescopiques, aérosols lacrymogènes ou incapacitants. Ils sont équipés de gilets pare-balles qui protègent la plupart des organes vitaux et qui leur donnent une allure pas vraiment rassurante. Un sentiment d’insécurité largement diffusé dans la population par la presse Bolloré infuse l’idée qu’armer la police municipale renforcerait la sécurité de la population, et protégerait les policiers. Cette idée est largement reprise par les démagogues de droite et d’extrême-droite qui en feront pour les prochaines élections municipales un argument de poids. Cependant, aucune étude n’ a montré que le renforcement de l’armement augmentait la sécurité : au contraire, cela augmente le risque d’accidents, voire de bavures. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe aux États-Unis !
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À Quetigny, a-t-on des exemples où le fait que les agents de la Police Municipale ne soient pas armés a mis leur sécurité gravement en danger ? Nous n’en avons pas entendu parler.
L’armement létal peut modifier la perception des citoyens et des policiers, de leur rôle comme de leur attitude et entraîner des réactions plus méfiantes ou plus agressives, qui risquent d’envenimer des situations de simple contrôle ou de médiation.
Enfin, que signifierait à Quetigny une police municipale armée qui ne serait présente que la journée ? Il faudrait augmenter les horaires de travail des agents, donc leur effectif, sécuriser sérieusement les locaux d’entreposage des armes... bref, augmenter gravement le coût de cette police pour un bénéfice qu’il faudrait démontrer.
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La formation des Policiers Municipaux.
La formation des agents municipaux reste bien inférieure à celle des policiers nationaux et des gendarmes, en particulier sur le maniement des armes et la gestion psychologique des tirs. Elle nécessite un entraînement régulier qui ne serait déjà pas suffisant chez les policiers nationaux. L’augmentation du nombre de personnes armées et leur faible formation risque d’augmenter le nombre d’accidents ou d’erreurs, et il serait sûrement bien plus bénéfique d’accentuer la formation des policiers municipaux sur ce qui les différencie de la police nationale, à savoir sur les techniques de médiation et d’apaisement plutôt que sur le maniement des armes.
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Un risque démocratique
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La détention de la violence légitime est une prérogative de l’État, ce qui garantit en principe une égalité de traitement partout sur le territoire national. Laisser aux maires, qui sont des politiques, la possibilité d’armer leur police, risque d’entraîner des inégalités selon les territoires, en fonction des moyens économiques de la commune, et de la conception que le ou la maire a de la police et peut aller jusqu’ à la création d’une milice municipale plutôt que d’une police.
L’armement de la police municipale est une réponse simpliste, démagogique et dangereuse à une situation d’insécurité qui est souvent plus un sentiment d’insécurité qu’une vraie insécurité, montée en épingle par des démagogues de tout poil. À Quetigny, laissons à la gendarmerie la charge de lutter contre la délinquance et à la police municipale un rôle de prévention et de surveillance du bon ordre ; de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques.​​


