
Les gendarmes de Ste-Soline
2 ans après !
Le drame de Zyed et Bouna
20 ans déjà !... et après ?
Toute société ou groupe humain (organisé ou anarchique) dispose d’un service d’ordre ou de police plus ou moins organisé. Mais dans un État de droit, ce service est en principe bien encadré et réglementé, et pour cause ! il détient « la légitimité de l’usage de la force, voire de la violence ».
Ainsi, si la police (ou la gendarmerie) s’autorise à bafouer la loi qu’elle est censée appliquer et protéger, le citoyen n’est plus en sécurité. Et si de plus la hiérarchie la couvre (car c’est elle qui donne les ordres), c’est carrément l’état de droit qui est en danger !
« Je compte plus les mecs qu’on a éborgnés » : Révélations en images sur les tirs illégaux de grenades par les gendarmes à Sainte-Soline.
Libération et Médiapart (05/11/25) ont dévoilé, vidéos à l’appui, comment, lors de la manifestation interdite contre un chantier de méga-bassine le 25 mars 2023, les forces de l’ordre ont multiplié les tirs tendus de grenades explosives et lacrymogènes. Des dizaines de personnes ont été blessées, plusieurs gravement. Ils qualifient les manifestants de « pue-la-pisse », « d’enculés », de « chiens », parlent d’un « vrai kif » à propos des personnes qu’ils ont gravement blessées, disant avoir « signé pour ça ». Ou encore évoquent, hilares, de nombreuses victimes : « Je compte plus les mecs qu’on a éborgnés. » Ces propos sont issus des dizaines d’heures de vidéos brutes filmées par les caméras des gendarmes mobiles lors de l’opération de maintien de l’ordre à Sainte-Soline (Deux-Sèvres). Ce samedi 25 mars 2023, des militants écologistes décident de braver l’interdiction de manifester de la préfecture pour s’approcher du chantier contesté d’une méga-bassine.
La LDH a alerté, M. Darmanin a menacé !
Souvenons-nous, à l’époque, Gérald Darmanin (ministre de l’Intérieur de Macron et actuel garde des sceaux (et de Sarko !)… a non seulement préparé le terrain et les esprits à ces exactions (en qualifiant les manifestants d’« écolo-terroristes »), mais aussi menacé la LDH (qui avait fait un rapport circonstancié sur terrain, et qui était accablant pour les forces de l’ordre !) de suppression de subventions de l’État, une nostalgie de l’époque de Vichy, sans doute !
L’inspecteur la bavure…voire plus si infirmités !
Les images, mais surtout le son, montrent que la violence policière est bien structurelle et politique. Les ordres illégaux et répétés de tirs tendus, les propos vengeurs, injurieux ou politiques tenus par des policiers, la jouissance de la transgression sans aucune entrave hiérarchique…
Les vidéos révélées par Libération et Mediapart montrent que la violence policière est liée aux structures même de la police française.
« Ces images sont alarmantes. Elles révèlent que des gendarmes ont commis de nombreux gestes interdits, notamment des tirs tendus de grenades lacrymogènes et explosives sur les manifestants, et ce sur ordre de leurs supérieurs hiérarchiques », ont écrit les Insoumis. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, lui, a affirmé à tort que la hiérarchie ne pouvait pas connaître le contenu de ces vidéos. Il parle de « paroles et de gestes pas réglementaires » !! Gérald Darmanin sur les vidéos de violences des gendarmes à Sainte-Soline : « pas vu » et s’en tape ! Le ministre de la Justice (à l’Intérieur à l’époque des faits) assume n’avoir «pas vu» les vidéos publiées par Libé et Mediapart le 5 novembre.
Le drame de Zyed et Bouna :
20 ans après, a-t-on tiré les leçons ?
Bouna et Zyed, 20 ans déjà ! Dessin de
@truant-cartoons pour Les Répliques
Le 27 octobre 2005, les deux ados mouraient électrocutés à Clichy-sous-Bois alors qu'ils fuyaient un contrôle policier. Vingt ans après les émeutes qui ont suivi, rien n’a vraiment changé dans les banlieues françaises.
À l’époque, il y a vingt ans, Sarkozy ne croupissait pas en prison. Zyed et Bouna avaient 17 et 15 ans. Sarkozy était premier flic de France et parlait sans arrêt Kärcher, racaille et tolérance zéro.
« S’ils entrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau. »
Avec une poignée de copains, Zyed et Bouna revenaient joyeusement d’un match de foot à Livry-Gargan et ne faisaient rien de mal. Un riverain avait appelé la police.
La BAC avait débarqué à Clichy-sous-Bois. Affolés, trois des gamins avaient couru, escaladé un mur… Sur place, le chef de bord avait dit par radio à une collègue : « S’ils entrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau. »….
La suite on la connaît, hélas ! Drame total : pour les victimes, leurs familles et proches, les jeunes des cités... et l’onde de choc gagne tout le pays avec des répliques et des séquelles incommensurables.
« La police tue ! »… et pas toujours en légitime défense !
Dans toutes les langues et dans toutes les cultures, il existe des raccourcis de langage que tout le monde admet, comprend et en fait usage en toute intelligence. C’est le cas en France, à quelques exceptions près !
La cigarette tue ! oui c’est vrai ; l’alcool tue ! oui c’est vrai aussi ; la route tue ! toujours vrai…
« La police tue ! » ; ah non ! ça c’est pas vrai ! et c’est scandaleux de le dire ou le faire remarquer (même avec des preuves irréfutables, style vidéos tournées par des journalistes, ONG ou par les forces de l’ordre elles-mêmes !).
En effet, la cigarette tue, mais tous les fumeurs ne meurent pas de la cigarette ; l’alcool tue mais tous les buveurs ne meurent pas de l’alcool ; et la route tue mais tous les usagers de la route n’y meurent pas et heureusement. Dans tous ces cas, c’est l’abus qui tue ! le non-respect des règles...
Eh bien, c’est pareil pour la police (ou la gendarmerie) : dans la majorité des cas, elle ne tue pas ; bien au contraire, elle protège et sécurise les citoyens. Mais parfois (de plus en plus, hélas !) certains de ses membres abusent de leur pouvoir, sortent de leur cadre déontologique, et ainsi blessent et tuent des citoyens au lieu de les protéger et de leur porter secours.
« Brebis galeuses » ou « troupeau galeux » ?
Evidemment, ces abus, violences, meurtres (voire assassinats) sont l’œuvre de quelques membres de la police (ou gendarmerie), des « brebis galeuses » pourrait-on dire. Mais si elles ne sont pas empêchées, poursuivies et sévèrement sanctionnées, c’est toute la corporation qui risque de devenir galeuse, ou du moins être perçue comme telle. Ainsi, contrairement à ce qu’on pense majoritairement, les effets délétères de ces abus et violences retombent sur la police (ou la gendarmerie) elle-même, même si les citoyens n’en sont pas moins victimes.
Rapport de « flagrant déni » !
Depuis dix ans, « l’impunité policière s’accroît », selon l’étude de l’ONG Flagrant Déni (publiée par Médiapart, 18 novembre 2025). Une étude critique sur la « police des polices » à la française (IGPN, IGGN, « cellules déontologie »). L’ONG conclut à une augmentation de la « délinquance policière » et à une dégradation de son traitement judiciaire.
« Le système de police des polices, en France, est profondément vérolé. » C’est la conclusion catégorique du rapport intitulé « Police des polices : pourquoi il faut tout changer », publié par Flagrant déni, une « ONG française d’investigation et de défense des victimes de violences policières » créée à Lyon en 2022.
Le constat de Flagrant déni est édifiant :
- Une augmentation du nombre d’enquêtes : « Le nombre d’affaires nouvelles de violences par personne dépositaire de l’autorité publique est passé de 700 en 2016 à 1 110 en 2024, soit une augmentation — considérable — de 59 % sur la période », ajoute l’ONG, qui s’appuie sur des chiffres fournis par le ministère de la justice.
- L’IGPN, « une institution à bout de souffle » : « À mesure que le nombre d’enquêtes pour violences policières augmente depuis presque dix ans, les effectifs de l’IGPN, eux, diminuent ». L’inspection compte aujourd’hui 260 agent·e·s et neuf délégations locales « en saturation ». Comme l’ensemble de la police judiciaire, elle connaît de graves « difficultés de recrutement ». À la division des enquêtes, 36 postes sur 135 ne sont pas pourvus.
- Des « cellules déontologie » dont on ne sait presque rien : L’immense majorité des affaires impliquant des policiers (environ 90 %, selon l’IGPN elle-même) sont traitées par des services locaux dont l’activité ne fait l’objet d’aucune communication officielle ni d’aucune publication statistique.
- Un taux d’élucidation en baisse : En huit ans, « le taux d’élucidation des affaires de violences policières a baissé de 25 % ». Aujourd’hui, « le taux d’affaires non élucidées est presque deux fois plus élevé que dans le cas de violences exercées par des personnes “lambda” ».
Les six propositions de Flagrant déni
Dans ce rapport, l’ONG formule six propositions de réformes :
• Publier un rapport annuel détaillé sur les enquêtes pénales impliquant des policiers et gendarmes
• Détacher les organes d’enquêtes de toute tutelle du ministère de l’Intérieur
• Augmenter massivement le nombre d’enquêteurs
• Cesser de confier les enquêtes à des services placés dans la même direction d’emploi que les agents concernés
• Permettre la pré-plainte en ligne sur les “plateformes” de l’IGPN et l’IGGN, et systématiser les auditions-plaintes par des services spécialisés
• Créer un corps d’officiers de police judiciaire (OPJ) qui n’appartiennent ni à la police ni à la gendarmerie.
En revanche, ni ce rapport ni un autre de la même trempe ne préconise d’armer la police municipale !
Mais plutôt de ré-enchanter ou réinventer une vraie police de proximité,
avec un peu plus de moyens et de Respect pour la Justice afin qu’elle gagne en célérité !



